mardi 22 novembre 2016

5 gallons d'eau à droite, 15 oeufs à gauche

La journée a commencé à 5h30 du matin pour rejoindre l'île d'Útila. 

Dans la salle d'attente du premier traversier qui relie Roatán à La Ceiba, il y a un heureux mélange de touristes - de petites familles même - et de locaux. Une fois à bord par contre, le clivage est difficile à manquer. Les fauteuils rembourrés à l'intérieur pour les voyageurs; les chaises extérieures en métal pour les locaux. Vous me connaissez, je suis allé avec les locaux!

Partout autour de moi il y a des adolescents. Partout autour, le même parfum fort qu'utilisaient les garçons béninois. Je suis instantanément transporté. L'odeur est nauséabonde, mais j'en prends de grandes bouffées nostalgiques.

Notre traversier lève l'ancre. Au loin un grand bateau de croisière s'approche pour accoster. C'est la folie à bord! Tous les gens autour de moi sortent cellulaires, et autres babioles électroniques. Ils se prennent en photo devant le mastodonte qui approche de plus en plus. Ils captent aussi des vidéos chancelants et approximatifs qu'ils ne regarderont probablement jamais vraiment. L'émotion arrive à son comble quand le flanc bâbord du paquebot croise le nôtre. Les ponts du monstre sont parsemés de petites terrasses privées où des vacanciers se prélassent. Ça s'active davantage sur notre pont. Puis, une scène de film se déroule devant mes yeux. En y regardant de plus proche, je constate en effet que les touristes prennent en photo notre traversier, alors qu'il se passe l'opposé de mon côté. Je ne sais pas qui a commencé, mais il y eu un passager d'un côté ou de l'autre qui a salué. Puis, toutes les personnes à bord des deux bateaux se sont mis à se saluer avec un enthousiasme excessif. Dans ma tête j'ai pensé, un peu résigné : «Deux solitudes...»

Durant la traversée, une petite fille me regarde régulièrement. Sa grand-mère, toute ridée, tente de se mettre confortable en appuyant sa tête sur un immense ourson en peluche blanc.

Puis, une fois à terre, c'est la traversée vers Útila. Les passagers ont changé. Moins de locaux; davantage de jeunes backpackers. Je m'en vais à La Mecque de la plongée sous-marine! L'île est toute petite. Les deux rues de la ville, étroites; remplies de panneaux peints à la main, de résidences colorées sur pilotis et de petits taxis à l'image des tuk-tuk de l'Asie du sud-est. Pas de place pour des voitures ici. Ça doit être la folie en saison touristique, voire étouffant. Je suis plus qu'heureux de découvrir cette île en saison creuse.

J'ai mon petit appartement, près des principales compagnies de plongée. Esperanza, la femme à tout faire qui vend son café du pays à l'entrée de la concession me dit : «There is no problem here. Just have fun.» C'est le rythme de l'endroit. Des hamacs partout, plein de fleurs, des fruits et du rhum. Un peu hippie, oui.

J'ai aussi appris que cette section du Honduras qu'on appelle Islas de la Bahía - les îles de la Baie - n'ont été concédées au Honduras que tard au XIXe siècle. Elles étaient des colonies anglaises auparavant et ont par après longtemps fonctionné sous une législature souveraine négociée appelée «British Honduras». Jusqu'en 1950, on pouvait trouver dans ces îles des habitants qui déniaient leur nationalité hondurienne. On sent encore aujourd'hui cette influence anglaise dans l'architecture, la subdivision du territoire et dans les traits des locaux beaucoup moins métissés que le reste de la population. Je me croirais sur une ancienne île de flibustiers et de boucaniers!

En soirée, je fais quelques provisions dans les marchés des environs. J'arrête aussi acheter une grosse bouteille d'eau de 5 gallons pour 2$ (30 Lempiras). Vous savez, ce sont ces grosses bouteilles qu'on met au dessus des distributeurs d'eau. Voyant un paquet de 15 oeufs tout à coté, je réalise que je n'en ai pas acheté plus tôt. Je paie donc mes oeufs et mon eau. Le ridicule de la situation m'apparait ensuite quand la jeune fille me demande si je veux un sac. N'écoutant que ma confiance, j'ai dit non et j'ai pris la lourde bouteille sur mon épaule droite et les 15 fragiles oeufs dans ma main gauche, en remettant le tout à ma coordination légendaire. Me connaissant, vous savez le risque qui peut en découler! Mais il n'y a finalement pas eu d'incident, mis à part qu'en me concentrant trop sur la différence de force à appliquer sur chacun de mes membres supérieurs, j'ai failli trébucher dans mes propres pieds! On ne me changera pas totalement...


Demain, petite sortie de plongée avant que la pluie ne s'installe trop (nous sommes en fin de la saison des pluies). Après, je prévois 3 jours pluvieux où je n'apprécierai rien d'autre que le plaisir de ne rien faire!

Fin de journée sur un coin de l'île

 À deux pas de mon appartement, en début de soirée
 

2 commentaires:

  1. En découvrant le pourquoi du titre, j'ai eu un fou rire de quelques minutes. Défi ambitieux réussi!

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  2. J'aime bien le souci du detail et le style poétique.

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