lundi 28 novembre 2016

Qu'ont en cummun le perroquet, le lion, la grenouille et l'ange?

Alors, voici une question un peu épineuse! Mais de quoi il va nous parler cette fois? Si vous voulez, je vous laisse y réfléchir quelques secondes.

Qu'ont en commun le perroquet, le lion, la grenouille et l'ange?

La réponse : Ce sont tous des noms de poissons qu'on peut voir dans les récifs de l'île. Et je les ai vus ces Parrotfish, Lionfish, Frogfish et Angelfish! Je vous parle aujourd'hui de plongée sous-marine.

Dès mes premières heures à Útila, je me suis mis à magasiner mon centre de plongée. On en compte pas moins de 16! C'est que nous sommes situés au bout de la seconde plus grande barrière corallienne du monde. Ici, ils sont reconnus pour avoir les prix les plus compétitifs en matière de formation de plongée. Plusieurs voyageurs viennent donc ici pour se certifier. Moi, ayant déjà ma carte CMAS **, je ne viens que pour le plaisir d'explorer la mer. 

Il est difficile de choisir son club de plongée. Chacun vend sa salade. «Ici, on a les meilleurs prix.» «Ici, on fait les plongées de nuit au même prix que celles de jour.» «Ici, on garantit des plongées de minimum 1 heure.» L'autre là-bas va dans les récifs du nord, plus riches et diversifiés, tous les matins. Il y a encore eux qui garantissent des groupes de maximum 4 plongeurs. Par contre ceux-là ont un bateau neuf. Ouf! Comment s'y retrouver.

J'ai finalement opté pour Alton's Dive Center. Ils se concentrent davantage sur les plongées d'agrément, ils garantissent des plongées de minimum une heure et ils vont au nord tous les jours.

Depuis mon arrivée, j'ai plongé à 6 reprises. C'est que chaque sortie en bateau comprend deux descentes à l'eau consécutives, ce qui fait monter le total assez rapidement.

Jean-Philippe et moi vous avons déjà parlé du plaisir de ce sport  aquatique dans nos blogues précédents de 2009 et 2011. Je vais tenter de ne pas trop me répéter.

J'ai dû premièrement m'acclimater aux différences entre le matériel européen et américain. Premièrement, comme tout se déroule en anglais, j'ai dû rebâtir l'ensemble de mon vocabulaire. La veste devient le BCD, le détendeur s'appelle regulator, la bouteille est un tank et on ne fait pas des palliers, mais des stops. Le plus déstabilisant c'est de passer des indicateurs de pression en bar pour ceux en psi. Quand on est sous l'eau, on doit communiquer par gestes et régulièrement faire rapport au chef de plongée de notre consommation d'air. Pour cela, tout un code avec les doigts est mis en place. Ce dernier est totalement bouleversé avec les psi. On s'y fait assez vite, mais j'ai dû en réapprendre beaucoup quand même.

Si au niveau langagier et technique, j'ai dû rafraîchir ma mémoire, j'ai été très heureux de constater qu'après 5 ans sans pratiquer, j'avais la même aisance sous l'eau qu'en 2011. Comme quoi on ne perds pas complètement ses bases.

Je vous épargne les détails quotidiens de la bonne préparation du plongeur. Notre article de 2011 est bien détaillé à ce propos et au niveau relationnel, c'était beaucoup plus riche là-bas. Ici, il y a tellement de plongeurs qu'on n'arrive pas au même degré de proximité avec toute l'équipe du club.

Pour décrire les espèces, je vais employer les noms anglophones comme j'ignore ceux en français et je tiens tout de suite à vous informer que j'ai emprunté les photos à Google. Quelques plongeurs se dotent d'une caméra GoPro pour prendre des souvenirs personnalisés. Moi, je ne suis pas fâché de rester concentré sur mes observations du moment. Je vous garantie par contre que tout ce que je mets ici en photos, je l'ai bel et bien vu.

Dès les premiers mètres sous l'eau, on constate la grande diversité qu'il y a encore ici. Ce qui m'a frappé le plus, ce sont les couleurs franches de la faune et de la flore. Des couleurs vives, à la limite du fluorescent. En descente, on traverse un énorme banc de blue chromis qui tourne autour de nous. 

Blue chromis
Par la suite, on se rapproche des récifs de coraux et d'éponges. Mes préférés sont les Sea fans, des coraux mous qui ont la forme d'un éventail fibreux aux nervures bleu fluo et qui dansent au gré des courants sous-marins.


Sea fan
Certains récifs, se trouvent le long d'une faille géologique importante et en nageant, il nous arrive de surplomber ce grand gouffre qui tombe à des centaines de mètres en ligne droite. Ça donne le vertige, le grand bleu!

En se rapprochant, on voit toute une faune miniature se déployer. On voit des abris pour les alevins et les très jeunes poissons. Certains sont d'ailleurs très étranges : ils changent complètement d'apparence entre leur état juvénile et adulte. C'est le cas du Yellowtail damselfish qui, lorsque bébé est bleu foncé et tacheté bleu turquoise. On l'appelle d'ailleurs amicalement le disco fish à cause de son apparence de boule disco. À l'âge adulte, il perd ses taches. Un peu moins spectaculaire.

Yellowtail damselfish (juvénile)

Yellowtail damselfish (adulte)

Dans la même veine, je dois aussi parler d'un poisson moins fréquent qu'on a vu et qui se nomme le Drumfish. Si adulte, il est assez ordinaire avec ses rayures noires et blanches et sa nageoire dorsale tachetée, il est magnifique dans sa forme juvénile. C'est que bébé, il a déjà, à l'arrière, sa dorsale et sa queue d'adulte. Cela donne un minuscule poisson à l'avant qui traine deux magnifiques rubans noirs et blancs derrière lui.

Drumfish (adulte)

** Drumfish (juvénile)
Un autre qui est si commun, tellement qu'il n'attire même plus l'attention des guides, mais que nous trouvons si magnifique c'est le Parrotfish (et voici pour le perroquet!). Il en tire bien son nom, il est simplement arc-en-ciel, dans les tons roses, mauves, turquoise. Fait curieux, ce sont de grands mangeurs de corail. Donc, quand ils défèquent, ça fait du sable.



Parrotfish

Dans les découvertes plus particulières, je dois aussi noter que j'ai plongé dans ma première épave à vie. C'est impressionnant tout ce qu'on peut y retrouver comme biodiversité. C'est d'ailleurs en plein cœur de ce bateau que nous avons fait une rencontre dont je me souviendrai longtemps, semblable à quand Jean-Philippe et moi avons aperçu cette raie pastenague géante en 2011. Au creux d'une mezzanine du bateau se trouvait une énorme tortue de type Hawksbill turtle. Elle culbutait et faisait des rondes en plein milieu de l'eau. Son envergure dépassait les 5 pieds. Elle était de la grandeur d'un plongeur! Une des plus grosses que notre guide avait vue.


Hawksbill turtle

Je tiens aussi à noter le tout petit. Je pense souvent à Jean-Philippe quand je suis sous l'eau, parce que c'est avec lui que j'ai partagé la majorité de mes découvertes sous-marines. J'ai encore plus pensé à lui lorsque j'ai vu des cousins de son petit favori de la Méditerranée, le doris dalmatien. Ici, qu'on les appelle Leopard flatworm, Flamingo tongue snail ou Black spotted nudibranch, ces petites limaces de mer tachetées sont toujours aussi attachantes. Pour ce qui est du ver plat, il faut le voir nager en pliant son corps dans une danse qui rappelle les robes serpentines de ces danseuses traditionnelles espagnoles.


Leopard flatworm

Flamingo tongue snail
Black spotted nudibranch
Pour compléter notre tour sous marin, revenons à nos personnages du départ. Pour le lion, nous avons le lion fish. Il est très joli avec son corps bourgogne rayé blanc et ses longs pics envoilés sur le dos et les nageoires. Par conte, c'est une espèce introduite, envahissante et indésirable. Quand les guides en trouvent un, ils vont souvent le pêcher. S'il est venimeux, il n'est en contrepartie pas vénéneux. En entrant sur l'île, il est même recommandé sur des pancartes de manger ce poisson plutôt que d'autres afin de préserver la biodiversité marine.

Lionfish

L'ange, c'est pour le Angelfish. Si on voit beaucoup le French Angelfish, tout rond et noir avec de minuscules taches jaune fluo, le Queen Angelfish, un peu moins commun, séduit par son mélange de bleu indigo et de jaune fluo.

French angelfish

Queen angelfish
Vous commencez à saisir le motif. La grenouille, c'est pour... le Frogfish. C'est un minuscule poisson pas beau du tout. Il est tout bosselé comme s'il avait été piqué par des centaines de guêpes. Ses nageoires pectorales dépassent sur les côtés, comme les grosses cuisses d'un crapaud. Mais c'est un objet de curiosité très prisé puisqu'il est minuscule (de la longueur du pouce) et qu'il est l'expert du camouflage. Sa peau prend la teinte parfaite des éponges ou des coraux qui l'environnent. À cause de ceci, il est éminemment ardu à repérer et j'ai eu une chance inouïe de pouvoir en observer un. C'était le 8e que notre guide voyait de sa vie sur 2000 plongées! Comme quoi le plus rare n'est pas nécessairement le plus gros.

Frogfish
J'aimerais aussi dans les prochains jours pouvoir expérimenter une plongée de nuit. Elles ne sont pas régulières, donc espérons qu'on en programmera une d'ici mon départ! Sinon, je pourrai aller explorer du côté des 15 autres clubs de plongée de l'île...

Je vous laisse sur quelques autres images de bestioles que nous avons repérées.


LÉGENDE

* : Communs
** : À l'occasion
*** : Rares 
**** : Très rares
* Yellowtail


* Sharpnose puffer
* Trunkfish
* Snapper
* Barrel sponge (Éponge géante âgée entre 600 et 2000 ans!)
** Caribbean reef squid (ça semble un peu dégoûtant un calamar, mais ça nage majestueusement et c'est rempli de couleurs qui changent)
** Yellow line arrow crab (on a pu le tenir dans notre main!)
** Channel clinging crab
** Banded coral shrimp
** Balloon fish
** Pederson cleaner shrimp
*** Upside down jellyfish
*** Indigo Hamlet fish (ils auraient inspirés les maquillages du film Avatar)
*** Inflated sea biscuit
*** Mantis shrimp
*** Eagle ray

samedi 26 novembre 2016

L'article léger du samedi

Ce matin, je me suis levé avec une envie pressante de ne pas bouger d'un poil. Alors j'ai décidé de ne rien faire. J'ai presque réussi totalement, parce que hormis une sortie pour aller acheter du rhum, du beurre d'arachides et 2 baleadas au coin - et une marche pour découvrir le cimetière de l'île -, je n'ai fait que dormir, lire et écouter de la musique.

Ceci nous mène à quelques questions d'approfondissement que nous avons rarement le temps de traiter.

1 : De façon générale, qu'est-ce que je mange?
Comme j'ai un appartement, je peux me faire à manger; ce que j'aime beaucoup. Cependant, la nourriture étant tout de même coûteuse sur les îles à cause du transport complexe, je ne fais pas des festins tous les jours. Je départage généralement mes repas de la façon suivante. Le matin, jus de fruit, œufs et toast au beurre d'arachides. Classique. Le midi, ce sont les traditionnels baleadas dans la rue. C'est un mets local qui coute trois fois rien et qui est bien soutenant. Il s'agit d'une grande tortilla pliée en deux et garnie de frijoles (purée de haricots noirs), de viande ou d’œufs et de fromage si on le souhaite.

Ça ne ressemble à rien, mais c'est très bon!

Le soir, je fais généralement mon repas. Avec les beaux avocats, je me fais des guacamoles succulentes. Je prépare souvent de magnifiques plats de pâtes avec les viandes locales. Il y a étonnamment davantage de viande que de poisson. La pêche est sévèrement règlementée. Nous sommes en plein cœur de la seconde plus grande barrière corallienne au monde! Je prépare donc souvent une bonne sauce de style Primavera avec bien des légumes. Je fais aussi des pommes de terre ou des ignames frits.
2 : Qu'est-ce que je lis?

Dans les premiers jours, je lisais Nikolski de Nicolas Dickner. Une saga où le destin de trois personnages montréalais se croise et s'entrecroise autour d'un village perdu aux confins de la mer de Béring. Cependant j'ai cessé momentanément de le lire.

Pour faire d'une histoire courte une histoire longue, j'ai récemment croisé sur l'île un panneau qui a piqué ma curiosité et qui affichait des extraits d'un livre écrit par un certain Shelby McNab, habitant d'Útila. Son nom sonne déjà comme un pirate et ce qu'il écrit est tout à fait dans ce sens. Il avance dans les extraits relatés sur l'affiche qu'il détient des informations qui se sont passées de génération en génération dans sa famille et qui prouvent que Útila n'est rien de moins que l'île sur laquelle Robinson Crusoé a fait naufrage. Et il expose sa théorie en plusieurs points tous validés par un plan de l'île savamment annoté. 

Vous comprendrez que ceci a piqué ma curiosité. J'ai donc téléchargé le livre de Robinson Cursoé et fait quelques recherches sur le sujet. Il semble pour le pauvre McNab que sa prémisse soit fausse puisque Robinson Crusoé, contrairement à ce qu'on pourrait penser, est bel et bien un personnage fictif, créé par Daniel Defoe. Cet auteur s'est inspiré des mésaventures d'un Écossais qui était resté quelques années sur une île du Pacifique à courte distance des côtes du Chili. Il s'avère donc très peu probable que Útila soit le lieu où on trouverait le trésor secret relaté dans le roman. Cela dit, je trouve très amusant de lire ce roman que je n'avais jamais ouvert de ma vie dans un lieu où je peux facilement m'imaginer les scènes se produire. Ayant aussi pris les extraits de la thèse de McNab en photos, je m'amuse souvent à voir où il dit situer les différents évènements du roman et ça nourrit mon imagination.

Donc, pour l'instant, je lis Robinson Crusoé.

Si vous voulez l'appeler, le fameux Shelby McNab laisse même son téléphone dans le bas de son écriteau...

3 : Est-ce que je dors bien?

Oui! Je dors bien et beaucoup. Avant mon départ, j'avais un criant besoin de me reposer en profondeur et de recharger mes batteries. Je le fais ici sans scrupule. Je fais très souvent une sieste dans la journée et le soir, je dors toujours très profondément. Útila est reconnue pour être une île nocturne où les jeunes touristes dans la vingtaine veillent jusqu'à tard dans la nuit. Moi, je ne sors que peu la nuit. J'ai essayé, mais j'ai trop donné dans les conversations de type auberges de jeunesse. Ça ne m'intéresse simplement plus de voyager de la sorte.

Je trouve souvent que les gens autour de moi n'ont pas la même éthique du voyage. Ils entrent souvent dans les commerces avec leur gros sabots, parlent généralement directement en anglais comme si ça leur était dû, crient parfois à tue-tête dans la rue et ne socialisent que peu avec les locaux. Ça me projette souvent dans mes premières aventures de voyage où, moi aussi, je devais être aveugle à beaucoup de choses que je faisais.

De toute façon, tout cela pour dire que j'ai donné dans ce domaine, je sais ce que c'est et que je n'ai plus trop envie d'aller explorer de ce côté. Si j'avais trouvé un bar où il y avant des locaux, par contre, ce serait certainement différent. Ce n'est pas encore le cas. Je continue de chercher. Mais de toute façon, je ne suis pas du tout malheureux le soir à faire ma petite cuisine avec mon verre de rhum, à écouter de la bonne musique, à vous écrire et à plonger dans mes livres.

Bref, oui, le papa se repose bien!

vendredi 25 novembre 2016

Le nouveau défi

Encore ce matin, la pluie s'est arrêtée et m'a envoyé une nouvelle idée fixe : «Aujourd'hui, je veux me trouver une noix de coco sauvage et la manger tout seul.» Bien qu'il y ait des vendeurs de cocos à tous les 50 mètres en ville, je voulais moi même la trouver, l'ouvrir et la manger.

Pour ce faire, je pars vers l'est. Cette fois, je prévois le coup et j'enfile mes sandales. En aparté, vous allez peut-être vous demander pourquoi je ne vous parle pas beaucoup de plongée. En fait, le temps pluvieux ne nuit pas tellement à la plongée. Après les premiers mètres, sous l'eau, c'est assez semblable. S'il est vrai que je n'en ai pas fait beaucoup dans ces premiers jours, c'est surtout parce que c'est assez venteux. Ça peut être amusant de plonger par temps de grosses vagues pour le défi de se stabiliser sous l'eau, mais à choisir, je préfère attendre les jours plus cléments qui viendront bientôt. J'ai plein de temps encore!

Du côté est de l'île, il y a beaucoup de grosses villas; des baraques 10 fois trop grosses, sur le bord de la mer. Il y en a une qui a un nom qui me fait sourire.


Après «Life is a bitch»...

Villa toute simple et son jardin, tout inclus, 3 millions, contactez REMAX Utila.

Les chemins ont aussi des trous d'eau, mais rien de comparable avec ce que j'ai vu hier. Comme le chemin suit la côte un bon bout, le paysage est très différent. Puis on s'enfonce soudainement à nouveau dans jungle que je trouve toujours aussi mystérieuse et envoûtante. Ayant un peu oublié mon défi, je croise soudainement une petite noix de coco par terre. Yé! Je la ramasse et cherche un outil pour l'ouvrir. Je suis dans le néant jusqu'à ce que j'arrive à un pic rocheux incroyable sur lequel les vagues déferlent. À travers les époques, l'eau a sculpté dans le roc des aiguilles acérées et des reliefs tranchants. 

Attention, ça pique!

À proximité, je trouve une pierre à bout pointu qui devrait faire l'affaire.

À nous deux, noix de coco!

Je prends la pierre à deux mains et je la fracasse sur le fruit avec l'ardeur du chasseur tuant sa proie. La coquille se fend et un immense filet d'eau de coco me gicle au visage. Me voilà devenu bestial. Je lâche précipitamment la roche et me rue sur la fissure pour boire tout ce qui s'en écoule. Il y a beaucoup trop de satisfaction dans le geste pour ce qu'il s'avère être dans la réalité. J'ai l'air d'un vrai sauvage assoiffé. J'ai la face et le cou détrempés, mais c'est diablement bon! Reste à voir si la chair sera à point. Pour avoir déjà mangé des cocos frais auparavant, je sais que je ne dois pas m'attendre à la chair épaisse et tendre des noix de coco qui ont vieilli et qui nous parviennent à Montréal. L'albumen d'un coco frais est plus mince et il est gélatineux.
 
Ce n'est pas le cas ici... Ce coco n'est pas à point.

Je n'ai jamais compris comment on peut reconnaître un coco mûr. Mon défi n'est pas relevé complètement. J'essuie les coulisses d'eau de coco dans mon visage et je rebrousse chemin en portant une attention particulière aux cocotiers pas trop hauts. J'en repère quelques uns et j'essaie plusieurs techniques de cueillette. Je commence par tenter de lancer des pierres sur les cocos à bonne distance, mais avec ma dextérité c'est peine perdue. Je tente tout de même une technique moins complexe qui consiste à me placer juste au dessus du coco convoité et de lancer une pierre en ligne droite vers le haut. J'arrête cette technique quand je réalise qu'une roche qu'on lance en ligne droite tombe aussi en ligne droite! Pas d'inquiétudes, je ne suis pas blessé. Vient ensuite la technique de la piñata. Je me trouve des bâtons et je tapoche dans le tas!

 Même avec mon super instrument, rien n'y fait.

Je poursuis mon chemin en me résignant à chercher les cocos qui sont déjà tombés par terre. J'en aperçois plein dans les cours des grandes villas. Il y en a justement une qui semble inhabitée. Ne sachant pas trop à quoi ressemble un coco mûr, je ne prends pas de chance. J'en ramasse huit de toutes tailles et de toutes les couleurs! Dans un chantier de villa abandonné, je trouve un éclat de brique qui fera l'affaire pour les ouvrir. 

C'est parti!

Ma conclusion : sur les huit cocos, un seul avait une chair que j'ai pu manger. Dès qu'un coco est un peu fendillé au sol, ne le prenez pas. Son intérieur est déjà en train de fermenter. C'est tout de même un succès! J'aurai bu et mangé du coco aujourd'hui. J'aurais aimé aller le chercher à la machette en grimpant à l'arbre, mais bon... ce sera pour un autre jour.

Miam, miam!



Où en sommes-nous dans l'exploration de l'île? 


jeudi 24 novembre 2016

Le plan de bouette

Ce matin je me suis levé avec une fixation : «Je vais me baigner nu dans la mer d'ici la fin de la journée!» Ambitieux, mais pas impossible. Et comme si le ciel m'encourageait dans mes extravagances, la pluie s'est arrêtée après le déjeuner.

Pour marcher, je choisis mes vieilles espadrilles plutôt que mes sandales ou les beaux souliers que Jean-Philippe m'a trouvés dernièrement. Je me lance à l'extérieur avec mon appareil photo, de l'eau, et une orange dans mon sac à dos, direction : l'ouest. Les rues sont tranquilles ce matin. Les maisons à l'ouest du quai municipal sont aussi jolies que celles à l'est où j'habite. Même à l'autre bout du monde, j'habite encore dans l'est! 

Je marche ainsi jusqu'au bout du chemin pavé vers l'ouest qui débouche sur... une plage! Malheureusement pour moi, c'est la plage publique municipale. Il y a trop de va-et-vient autour. Ce n'est pas du tout l'endroit rêvé pour se dévêtir. Un chemin sablonneux s'enfonce davantage vers l'ouest. La leçon d'hier : toujours oser pousser plus loin! J'y vais.


Jolie plage municipale, mais pas assez intime.

À ma gauche se trouve le littoral et à ma droite, je distingue une autre étendue d'eau à 20 mètres. C'est un lagon qui entre dans les terres. Je marche sur une langue de terre coincée entre la mer et la lagune. Je perçois les mangroves pas très loin, ces forêts aquatiques essentielles à l'écosystème. Certaines sections de terre ont été remblayées avec les vieux rochers issus des récifs coralliens environnants qui doivent s'échouer sur les côtes. On se sert partout de ces rochers jaunâtres et poreux comme des éponges : pour paver les chemins de terre, remblayer un terrain ou décorer le jardin. À mon arrivée, ces rochers étaient tellement parsemés de trous que je les avais confondus avec des déchets de styromousse.


100 % corail

Le chemin devient un cul de sac rapidement. J'arrive à l'embouchure de la lagune. Il y a encore des maisons de l'autre côté, mais j'imagine qu'on ne peut s'y rendre qu'en bateau. Pas de pont. Je réalise que je suis face à l'endroit où j'ai plongé hier. Il y a encore de petits bateaux de plongeurs en place. Je vois de très belles habitations sur pilotis. Tout est sur pilotis, ici.

 Les pieds dans le lagon bleu pour Sylvie et la galerie qui fait le tour pour maman.

J'entrevois une petite plage qui donne sur le littoral. Je suis un peu à l'écart des maisons. L'eau ne semble pas faire trop de remous. C'est ici que ça se passe! Je vais tout de même devoir être prudent : tous mes angles ne sont pas couverts et au loin, il y a quelques résidents qui s'affairent autour de leur propriété. Je trouve un coin tranquille où je pourrai enlever mes vêtements paisiblement, mais une fois en direction de l'eau, je serai à découvert. Je devrai rapidement entrer dans la mer pour ne pas attirer les regards. J'entreprends de me dévêtir. Puis, je fais le décompte dans ma tête et je m'élance vers l'océan. Oups! Je constate que la pente est très douce. J'ai fait plusieurs pas et je n'ai de l'eau qu'aux mi-mollets. Avant d'avoir de l'eau jusqu'aux fesses, je serai grandement repérable. Pas le temps de se préparer au frisson : je plonge à plat-ventre et je continue d'avancer en rampant. Je suis ridicule. Le fond de l'eau est rempli d'algues glissantes. L'eau n'est toujours pas plus profonde. C'est définitivement une tentative ratée. Je sors de l'eau et me rhabille en moins de deux. Ma quête n'est pas terminée!  


Échec monumental!

Sur une carte de l'île, j'ai vu que derrière l'aéroport il y avait aussi une plage : Pumpkin Hill Beach. Je devrais prendre le chemin d'hier et emprunter une bifurcation qui contourne l'aéroport. C'est parti! Cependant, comme je suis en voyage, je n'emprunte pas tout à fait le même chemin qu'hier. La meilleure façon de découvrir, c'est souvent de se perdre un peu. J'évolue sur une rue qui s'enfonce elle aussi dans les terres. Le bitume se transforme en chemin de terre. La leçon d'hier : toujours oser pousser plus loin!

J'avance encore jusqu'à rejoindre des fermes d'élevage où je vois des bœufs et des pintades. J'atteins une clôture à bovins et une petite ouverture pour les fermiers. Le chemin s'enfonce encore, mais dans un paysage incroyable. C'est un sentier qui trace dans la jungle; mais la vraie jungle! Avec les arbres géants, les lianes et l'humidité insoutenable. Je me mets à penser candidement au Biodôme.

Ma marche dans la jungle est incroyable; presque initiatique. Il y a tant d'êtres vivants autour de moi que je me sens presque observé. J'ai la quasi sensation d'être en contact avec les esprits de la forêt. Je peux comprendre qu'être entouré par des éléments si grandioses ait pu créer chez les peuples autochtones toute une cosmologie autour de ces forêts. Ma promenade prend une tournure mystique. Une fois arrivé à une clairière défrichée où domine un arbre géant, je m'amuse à penser que je suis dans un repère destiné à des rites païens. Puis, je décide de rebrousser chemin. On ne prend pas de chances avec les esprits inconnus...


De plus en plus étroit, le sentier s'enfonce dans la jungle.

J'ai vraiment perdu de vue mon objectif de baignade nudiste... Il est temps de remédier à cela. En route pour une nouvelle plage! Je me perds un peu dans le dédale des rues, puis je retrouve le bon chemin vers l'aéroport. Je repère finalement la bifurcation appelée Pumpkin Hill Road. À l'intersection, je croise deux vieux habitants de l'île. Une femme et un homme en bottes de pluie avec une démarche lente et étrange. Je constate ensuite que l'homme est aveugle. La femme le guide paisiblement sur ces routes hyper accidentées. Je les dépasse à l'intersection. Tiens, eux aussi prennent Pumpkin Hill Road...

Holà! Il a plu ces derniers jours. La route est pleine de trous d'eau. J'en ai vu depuis mon arrivée, mais rarement des aussi gros. Plutôt qu'être sablonneux, ici le sol est très limoneux; et la boue est grasse. On peut difficilement contourner le chemin, car de part et d'autre, il y a des clôtures de barbelés. Bon, j'en ai vus d'autres... et je veux aller me baigner tout nu! La leçon d'hier : toujours oser pousser plus loin!

Je me lance et je slalome entre les trous d'eau, tantôt trouvant un petit chemin plus sec sur le côté, tantôt en tentant de me frayer un chemin sur de petites roches de corail qui ressortent. C'est un peu pathétique. Après 30 mètres, mes semelles sont couvertes de boue. Derrière-moi, les deux vieux en bottes de pluie piétinent dans les flaques sans se soucier de tout ça et sont presque au point de me rattraper.

Je me ressaisis et je poursuis le chemin. Après tout, ça ne peut pas être bien pire que maintenant. J'en ai pour peut-être 45 minutes de marche. Mais qu'est-ce qui me dit que ça ne va pas s'améliorer?

Derrière-moi, un enfant arrive maintenant, un petit sac d'épicerie à la main. Pour sûr, il habite cette rue et il l'emprunte tous les jours. Il est en sandales et il marche sans problème d'une flaque à l'autre, n'hésitant pas aux endroits les plus accidentés à simplement marcher au beau milieu de la flaque. Pour moi, c'est Fort Boyard. Maudites espadrilles! J'ai l'air d'un clown. Mes souliers sont devenus informes tant la boue les recouvre. Il n'y a que mon orgueil devant ce petit garçon qui m'empêche de rebrousser chemin.

C'est alors que j'arrive au monstre : une gargantuesque flaque vaseuse et épaisse. Je ne perçois aucun moyen respectable de la contourner. À droite : des barbelés. À gauche : des branchages épais.

 Le monstre! Bien moins imposant en photo qu'en vrai...

Comme le garçon me rattrape, je laisse ma fierté de côté et je prends par les branchages, à gauche. Erreur. Ils sont couverts d'épines, mais il est trop tard. Mes lacets se prennent dans les ronces, mais en faisant de grands pas, je parviens à m'épargner des égratignures. Par contre, cette manœuvre d'urgence a complètement pris le dessus sur la gestion du trou de boue et j'ai maintenant les deux pieds enfoncés jusqu'aux chaussettes. En sortant tant bien que mal de la flaque, je vois le garçon qui, lui, fais les pas japonais sur de petits cailloux au beau milieu de l'eau que je n'avais pas remarqués. Au sortir de la marre, tout ce que je trouve à lui dire avec mon plus beau sourire niais c'est : «Aïe, aïe, aïe!».

Je laisse l'enfant me dépasser en m'ordonnant de marcher dans ses pas et en tentant d'oublier que je devrai faire le chemin à l'envers tout à l'heure. Ma tentative de suivre le jeune est un échec. Lui a des sandales qu'il mouille sans scrupule et moi j'ai des chaussettes que je ne veux pas détremper. Je me trouve soudainement très précieux... 

Le jeune, se sentant suivi et apercevant un obstacle d'envergure, décide de s'arrêter et de m'attendre pour de bon; certainement un peu pour m'aider, mais beaucoup pour faire cesser cette situation déplaisante et ridicule. Bon Sam, ne perds pas complètement la face, sors ton ita-gnol! «¿Como te llamas?» Le garçon s'appelle Oscar. 

Bon, si on est pour faire le chemin ensemble, je vais devoir marcher dans l'eau. Je décide d'enlever mes chaussures et d'y aller pieds nus. Ça va beaucoup mieux! La seule difficulté, ce sont ces cailloux. Vous vous souvenez les rochers qui viennent des récifs de corail? Il y en a partout pour garnir les routes de terre. À chaque pas, ils font l'effet de petites pierres ponces sur la plante de mes pieds. Je marche à 1 km/h. Oscar suit mon rythme. 

On parvient à échanger un peu. 

Ils sont cinq enfants à la maison. 

Il apporte du lait dans son sac d'épicerie. 

Il va à l'école, mais pas aujourd'hui. 

Son papa est un pêcheur de barracudas. 

Il y a des vaches dans le champ qu'on traverse. 

Sa maison est à 15 minutes. 

Oui, il y a bien une plage au bout du chemin. 

Écoute, on entend la mer!

Je te laisse ici. 

La plage est à deux minutes devant.

... Merci Oscar...

On prend une photo?

Même si j'y trouve encore des déchets de plastique, cette plage, c'est la plus belle! L'aventure qui m'y a mené a été inoubliable. Ici, pas âme qui vive. Je suis seul et je ne pense pas qu'un autre touriste fou ait la légèreté d'esprit d'entreprendre le voyage.

 On peut dire mission accomplie pour la baignade tout nu.

 Elle est tout à moi cette plage!

Ayant déjà les pieds bien sensibles à force de marcher sur la pierre ponce et dans le sable blanc, au retour, j'ai fait d'un défaut une qualité. J'ai fait d'un problème une solution. 

 J'ai fait d'un déchet une ressource.

Dans mes nouvelles sandales de retour, j'avais l'air fier. Un passant, visant mes deux sandales dépareillées et mes espadrilles boueuses dans les mains, devine ce qui s'est passé. Il esquisse un sourire avant de me montrer, tout sourire, son pouce en l'air. Je crois que je suis l'attraction de la journée! Ils en parleront peut-être entre eux de ce ridicule blanc qui a tenté de se rendre à la plage en saison des pluies.

Notez qu'au retour, je n'étais cependant pas moins risible. La semelle lisse des sandales me faisait littéralement patiner sur les plaques de boue. Et quand je soulevais trop les pieds, je m'en projetais plein dans le dos! Si nous on sait comment marcher dans la neige et sur la glace, eux savent comment marcher dans la boue proprement!

Épuisé d'avoir marché sans arrêt pendant 4 heures dans des conditions hors-norme pour moi, j'ai savouré ma sieste de l'après-midi. Le ciel s'est couvert à nouveau et la pluie tombe de plus belle, comme pour me dire. «Ça y est? Tu l'a eue ta baignade tout nu? Est-ce qu'on pourrait revenir où nous en étions?»