dimanche 4 décembre 2016

Une dernière journée... à l'africaine

Ça ne peut pas faire autrement, même ici, ça commence à l'africaine et ça se finit à l'africaine!

Vendredi, j'ai quitté la petite Utila en traversier pour retrouver Roatán, la plus grande île de l'archipel hondurien. J'ai eu un peu le cœur gros. Je me suis attaché à cette petite île plate avec sa minuscule butte sortie de nulle-part.


Au revoir Utila, la belle!

 De retour dans mon petit quartier populaire du Roatán, au détour d'une promenade pour trouver de quoi manger, je croise des scènes quotidiennes emballantes par leur simplicité. Une fête qui se prépare sous un auvent, à côté d'un roulotte aux couleurs de Coca-Cola où l'on cuisine; des enfants qui tentent tant bien que mal de faire passer de côté une énorme table de pique nique à travers l'embrasure d'une porte; une bonne dame dans la rue qui façonne à la main ses tortillas avant de les faire cuire sur une plaque bouillante; un bébé qui se tient beaucoup trop droit sur ses pieds pour son âge, naïf témoin d'un pays où il faut toujours se battre pour avancer.

Je ne vous ai pas parlé de cette nouvelle fixation qui s'est installée en moi il y a quelques jours. Vous ayant déjà parlé du lionfish, vous savez qu'il se trouve dans les récifs de ces îles, mais que c'est une espèce indésirable et envahissante. Je vous avais aussi dit qu'on nous encourageait à en manger dans les restaurants. Partout, on vous dira que c'est un poisson succulent. Or, quand vient le temps d'en demander au restaurant, personne n'en a dans ses stocks. C'est un peu gênant. J'ai passé mes deux dernières soirées à Utila à ratisser l'ensemble des restaurants de la longue rue principale en vain. On ne trouve pas de lionfish.

Une fois rendu à Roatán, l'idée d'en manger m'était un peu sortie de la tête, jusqu'à ce que je croise un centre de plongée qui invitait les plongeurs à des sorties de chasse au lionfish à la lance. Wow! C'est mon occasion. L'idée de devenir un grand chasseur de lionfish et de manger le fruit de mon labeur s'est installée en moi. Avant de plonger par contre, il faut aller à un office municipal pour subir une courte formation, pour apprendre à manipuler la lance et pour obtenir un permis. En faisant ni une ni deux, je me rends au lieu dit pour y apprendre que les formations ne se donnent que les lundis, jour où je reviens parmi les miens... Ce sera un objectif pour la prochaine fois, la chasse au lionfish...

 Ce n'est que partie remise, satané lionfish!

Je vous avais aussi dit être en train de lire Nikolski de Nicolas Dickner. C'est une saga où la vie de 3 individus ne cesse de s'entrecroiser et de subir de drôles de moments de résonance et de coïncidences. Ce livre est magnifique et de surcroît, il a été malgré lui, lui-même en résonance avec mon voyage. En effet, quelle ne fut pas ma stupeur de retrouver dans le dernière partie du livre un des personnages qui se met à faire une recherche historique sur le peuple Garifuna, descendants d'esclaves ayant gardé leur culture distincte jusqu'à aujourd'hui et ayant été historiquement déportés... au Roatán! Ben voyons donc! Comme si le coup du destin n'était pas assez fort, à la fin de ma lecture, au retour à mon appartement, la femme à tout faire Esperanza, qui vend son café hondurien sur le bord de la rue de 13h à 16h, me dit candidement. «If you are going back to Roatán, go to Punta Gorda, the Garifuna village. It is really beautiful.» Je suis doublement subjugué! Les Garifunas m'appellent littéralement à eux.
Ce matin, je suis donc parti dans la voiture d'Ariel, un jeune hondurien rencontré dans une boutique d'art, avec Lars, compagnon d'un instant venu des Pays-Bas et qui dort à la même auberge que moi. 

Direction : les Garifunas!

Mais avant, Ariel nous asperge de parfum sans nous le demander, comme on sait si bien le faire dans les pays chauds, puis il nous arrête pour relaxer un peu sur la plage déserte d'un grand hôtel en discutant longuement et de façon extraordinairement désinvolte avec les gardiens de sécurité.

Il nous fait aussi rapidement voir le village insulaire d'Oakridge où toutes les habitations sont sur pilotis, à la manière d'une Venise du sud.


Puis, soudainement, je traverse une faille spatio-temporelle quand notre voiture croise sans prévenir deux personnages inquiétants portant une jupe en tissu déchiré à la taille, des masques monstrueux et ayant le torse recouvert de pigments rouge et noir. Ils arrêtent le trafic et narguent les chauffeurs pour quelques sous. Je rêve! Je suis à Ouidah, au Bénin, ou quoi?


En un clin d’œil, je suis replongé dans l'univers vaudou, l'atmosphère rasta et la culture africaine! Les Garifunas, descendants d'esclaves africains, savent faire revivre ce contient en plein cœur des Caraïbes.

Le dimanche, c'est la fête. La communauté de se rassemble autour d'une place improvisée, des musiciens jouent et chantent, les gens, à tour de rôle, viennent danser un solo comme eux-seuls savent les faire - même les petits enfants se prêtent au jeu et ont déjà tout ce rythme dans le sang -, ils remercient les musiciens en leur donnant un peu d'argent, puis ils vont boire un coup de gifiti, un alcool fort dans lequel marine des racines non identifiées. Les chants ressemblent aux ritournelles du peuple d'Abomey. Un musicien fait raisonner une conche, un de ces grands coquillages spiralés, en soufflant dedans. Je mange un énorme poisson frit avec du plantain et du riz, j'esquisse quelques pas de danse timides devant les joueurs de tambours et me lance une gorgée de gifiti en travers de la gorge.

Moi et Lars sommes saouls de rythmes, de chaleur et de toute cette énergie si exotique. 


Le soleil se couche sur les montagnes du Roatán alors que nous rebroussons chemin sur l'unique route sinueuse de l'île. Après ce mot, je retournerai boucler mon sac de voyageur sur lequel je pourrai sans hésitation coudre un badge à l'effigie du drapeau du Honduras. Ça aura été un voyage ressourçant et reposant, une formidable parenthèse dans ma vie de nouveau papa. Je vous remercie de m'avoir suivi avec curiosité, mais je remercie surtout Jean-Philippe de m'avoir permis cette pause si bénéfique et d'avoir tenu le fort familial avec toute la générosité et l'ardeur qu'on lui connaît.

Et la vie continue!

jeudi 1 décembre 2016

Rien de nouveau... sous le soleil

Si ma première semaine était ponctuée de quelques averses, celle-ci est ensoleillée à souhaits. J'en ai donc bien profité comme il se doit en visitant les différentes plages et en appréciant la mer rafraîchissante.

Demain, je plie bagages. Je quitte Útila et retourne sur l'île du Roatán pour la fin de semaine avant mon retour. Mon séjour aura été très agréable et reposant jusqu'à la fin.

J'ai finalement pu plonger par une nuit sans lune. J'ai été surpris par la difficulté d'orientation sous l'eau. Tout le système de communications est réduit, puisqu'il est difficile de se voir mutuellement dans le faisceau de nos torches sous-marines. Cependant, les couleurs en profondeur ressortent davantage. Aussi, en éteignant nos torches tous ensemble et en remuant l'eau, on excite des microorganismes bioluminescents qui transforment la mer en champ d'étoiles phosphorescentes. Ça aura été une belle finale.

J'ai aussi trouvé une autre plage cachée par laquelle il faut aller en petit bateau, car aucune route ne la relie. On traverse un lagon remplit de palétuviers, puis on arrive à ce petit restaurant qui fait face à un magnifique site corallien à observer au masque et au tuba. Apnée, lecture dans un hamac, bière dans un petit bar, le tout se résume à cela. Moins d'histoires cocasses, mais c'est comme ça...

Pour les derniers jours, j'irai certainement plonger sur un récif du Roatán pour voir les distinctions et j'irai certainement explorer les alentours.



lundi 28 novembre 2016

Qu'ont en cummun le perroquet, le lion, la grenouille et l'ange?

Alors, voici une question un peu épineuse! Mais de quoi il va nous parler cette fois? Si vous voulez, je vous laisse y réfléchir quelques secondes.

Qu'ont en commun le perroquet, le lion, la grenouille et l'ange?

La réponse : Ce sont tous des noms de poissons qu'on peut voir dans les récifs de l'île. Et je les ai vus ces Parrotfish, Lionfish, Frogfish et Angelfish! Je vous parle aujourd'hui de plongée sous-marine.

Dès mes premières heures à Útila, je me suis mis à magasiner mon centre de plongée. On en compte pas moins de 16! C'est que nous sommes situés au bout de la seconde plus grande barrière corallienne du monde. Ici, ils sont reconnus pour avoir les prix les plus compétitifs en matière de formation de plongée. Plusieurs voyageurs viennent donc ici pour se certifier. Moi, ayant déjà ma carte CMAS **, je ne viens que pour le plaisir d'explorer la mer. 

Il est difficile de choisir son club de plongée. Chacun vend sa salade. «Ici, on a les meilleurs prix.» «Ici, on fait les plongées de nuit au même prix que celles de jour.» «Ici, on garantit des plongées de minimum 1 heure.» L'autre là-bas va dans les récifs du nord, plus riches et diversifiés, tous les matins. Il y a encore eux qui garantissent des groupes de maximum 4 plongeurs. Par contre ceux-là ont un bateau neuf. Ouf! Comment s'y retrouver.

J'ai finalement opté pour Alton's Dive Center. Ils se concentrent davantage sur les plongées d'agrément, ils garantissent des plongées de minimum une heure et ils vont au nord tous les jours.

Depuis mon arrivée, j'ai plongé à 6 reprises. C'est que chaque sortie en bateau comprend deux descentes à l'eau consécutives, ce qui fait monter le total assez rapidement.

Jean-Philippe et moi vous avons déjà parlé du plaisir de ce sport  aquatique dans nos blogues précédents de 2009 et 2011. Je vais tenter de ne pas trop me répéter.

J'ai dû premièrement m'acclimater aux différences entre le matériel européen et américain. Premièrement, comme tout se déroule en anglais, j'ai dû rebâtir l'ensemble de mon vocabulaire. La veste devient le BCD, le détendeur s'appelle regulator, la bouteille est un tank et on ne fait pas des palliers, mais des stops. Le plus déstabilisant c'est de passer des indicateurs de pression en bar pour ceux en psi. Quand on est sous l'eau, on doit communiquer par gestes et régulièrement faire rapport au chef de plongée de notre consommation d'air. Pour cela, tout un code avec les doigts est mis en place. Ce dernier est totalement bouleversé avec les psi. On s'y fait assez vite, mais j'ai dû en réapprendre beaucoup quand même.

Si au niveau langagier et technique, j'ai dû rafraîchir ma mémoire, j'ai été très heureux de constater qu'après 5 ans sans pratiquer, j'avais la même aisance sous l'eau qu'en 2011. Comme quoi on ne perds pas complètement ses bases.

Je vous épargne les détails quotidiens de la bonne préparation du plongeur. Notre article de 2011 est bien détaillé à ce propos et au niveau relationnel, c'était beaucoup plus riche là-bas. Ici, il y a tellement de plongeurs qu'on n'arrive pas au même degré de proximité avec toute l'équipe du club.

Pour décrire les espèces, je vais employer les noms anglophones comme j'ignore ceux en français et je tiens tout de suite à vous informer que j'ai emprunté les photos à Google. Quelques plongeurs se dotent d'une caméra GoPro pour prendre des souvenirs personnalisés. Moi, je ne suis pas fâché de rester concentré sur mes observations du moment. Je vous garantie par contre que tout ce que je mets ici en photos, je l'ai bel et bien vu.

Dès les premiers mètres sous l'eau, on constate la grande diversité qu'il y a encore ici. Ce qui m'a frappé le plus, ce sont les couleurs franches de la faune et de la flore. Des couleurs vives, à la limite du fluorescent. En descente, on traverse un énorme banc de blue chromis qui tourne autour de nous. 

Blue chromis
Par la suite, on se rapproche des récifs de coraux et d'éponges. Mes préférés sont les Sea fans, des coraux mous qui ont la forme d'un éventail fibreux aux nervures bleu fluo et qui dansent au gré des courants sous-marins.


Sea fan
Certains récifs, se trouvent le long d'une faille géologique importante et en nageant, il nous arrive de surplomber ce grand gouffre qui tombe à des centaines de mètres en ligne droite. Ça donne le vertige, le grand bleu!

En se rapprochant, on voit toute une faune miniature se déployer. On voit des abris pour les alevins et les très jeunes poissons. Certains sont d'ailleurs très étranges : ils changent complètement d'apparence entre leur état juvénile et adulte. C'est le cas du Yellowtail damselfish qui, lorsque bébé est bleu foncé et tacheté bleu turquoise. On l'appelle d'ailleurs amicalement le disco fish à cause de son apparence de boule disco. À l'âge adulte, il perd ses taches. Un peu moins spectaculaire.

Yellowtail damselfish (juvénile)

Yellowtail damselfish (adulte)

Dans la même veine, je dois aussi parler d'un poisson moins fréquent qu'on a vu et qui se nomme le Drumfish. Si adulte, il est assez ordinaire avec ses rayures noires et blanches et sa nageoire dorsale tachetée, il est magnifique dans sa forme juvénile. C'est que bébé, il a déjà, à l'arrière, sa dorsale et sa queue d'adulte. Cela donne un minuscule poisson à l'avant qui traine deux magnifiques rubans noirs et blancs derrière lui.

Drumfish (adulte)

** Drumfish (juvénile)
Un autre qui est si commun, tellement qu'il n'attire même plus l'attention des guides, mais que nous trouvons si magnifique c'est le Parrotfish (et voici pour le perroquet!). Il en tire bien son nom, il est simplement arc-en-ciel, dans les tons roses, mauves, turquoise. Fait curieux, ce sont de grands mangeurs de corail. Donc, quand ils défèquent, ça fait du sable.



Parrotfish

Dans les découvertes plus particulières, je dois aussi noter que j'ai plongé dans ma première épave à vie. C'est impressionnant tout ce qu'on peut y retrouver comme biodiversité. C'est d'ailleurs en plein cœur de ce bateau que nous avons fait une rencontre dont je me souviendrai longtemps, semblable à quand Jean-Philippe et moi avons aperçu cette raie pastenague géante en 2011. Au creux d'une mezzanine du bateau se trouvait une énorme tortue de type Hawksbill turtle. Elle culbutait et faisait des rondes en plein milieu de l'eau. Son envergure dépassait les 5 pieds. Elle était de la grandeur d'un plongeur! Une des plus grosses que notre guide avait vue.


Hawksbill turtle

Je tiens aussi à noter le tout petit. Je pense souvent à Jean-Philippe quand je suis sous l'eau, parce que c'est avec lui que j'ai partagé la majorité de mes découvertes sous-marines. J'ai encore plus pensé à lui lorsque j'ai vu des cousins de son petit favori de la Méditerranée, le doris dalmatien. Ici, qu'on les appelle Leopard flatworm, Flamingo tongue snail ou Black spotted nudibranch, ces petites limaces de mer tachetées sont toujours aussi attachantes. Pour ce qui est du ver plat, il faut le voir nager en pliant son corps dans une danse qui rappelle les robes serpentines de ces danseuses traditionnelles espagnoles.


Leopard flatworm

Flamingo tongue snail
Black spotted nudibranch
Pour compléter notre tour sous marin, revenons à nos personnages du départ. Pour le lion, nous avons le lion fish. Il est très joli avec son corps bourgogne rayé blanc et ses longs pics envoilés sur le dos et les nageoires. Par conte, c'est une espèce introduite, envahissante et indésirable. Quand les guides en trouvent un, ils vont souvent le pêcher. S'il est venimeux, il n'est en contrepartie pas vénéneux. En entrant sur l'île, il est même recommandé sur des pancartes de manger ce poisson plutôt que d'autres afin de préserver la biodiversité marine.

Lionfish

L'ange, c'est pour le Angelfish. Si on voit beaucoup le French Angelfish, tout rond et noir avec de minuscules taches jaune fluo, le Queen Angelfish, un peu moins commun, séduit par son mélange de bleu indigo et de jaune fluo.

French angelfish

Queen angelfish
Vous commencez à saisir le motif. La grenouille, c'est pour... le Frogfish. C'est un minuscule poisson pas beau du tout. Il est tout bosselé comme s'il avait été piqué par des centaines de guêpes. Ses nageoires pectorales dépassent sur les côtés, comme les grosses cuisses d'un crapaud. Mais c'est un objet de curiosité très prisé puisqu'il est minuscule (de la longueur du pouce) et qu'il est l'expert du camouflage. Sa peau prend la teinte parfaite des éponges ou des coraux qui l'environnent. À cause de ceci, il est éminemment ardu à repérer et j'ai eu une chance inouïe de pouvoir en observer un. C'était le 8e que notre guide voyait de sa vie sur 2000 plongées! Comme quoi le plus rare n'est pas nécessairement le plus gros.

Frogfish
J'aimerais aussi dans les prochains jours pouvoir expérimenter une plongée de nuit. Elles ne sont pas régulières, donc espérons qu'on en programmera une d'ici mon départ! Sinon, je pourrai aller explorer du côté des 15 autres clubs de plongée de l'île...

Je vous laisse sur quelques autres images de bestioles que nous avons repérées.


LÉGENDE

* : Communs
** : À l'occasion
*** : Rares 
**** : Très rares
* Yellowtail


* Sharpnose puffer
* Trunkfish
* Snapper
* Barrel sponge (Éponge géante âgée entre 600 et 2000 ans!)
** Caribbean reef squid (ça semble un peu dégoûtant un calamar, mais ça nage majestueusement et c'est rempli de couleurs qui changent)
** Yellow line arrow crab (on a pu le tenir dans notre main!)
** Channel clinging crab
** Banded coral shrimp
** Balloon fish
** Pederson cleaner shrimp
*** Upside down jellyfish
*** Indigo Hamlet fish (ils auraient inspirés les maquillages du film Avatar)
*** Inflated sea biscuit
*** Mantis shrimp
*** Eagle ray

samedi 26 novembre 2016

L'article léger du samedi

Ce matin, je me suis levé avec une envie pressante de ne pas bouger d'un poil. Alors j'ai décidé de ne rien faire. J'ai presque réussi totalement, parce que hormis une sortie pour aller acheter du rhum, du beurre d'arachides et 2 baleadas au coin - et une marche pour découvrir le cimetière de l'île -, je n'ai fait que dormir, lire et écouter de la musique.

Ceci nous mène à quelques questions d'approfondissement que nous avons rarement le temps de traiter.

1 : De façon générale, qu'est-ce que je mange?
Comme j'ai un appartement, je peux me faire à manger; ce que j'aime beaucoup. Cependant, la nourriture étant tout de même coûteuse sur les îles à cause du transport complexe, je ne fais pas des festins tous les jours. Je départage généralement mes repas de la façon suivante. Le matin, jus de fruit, œufs et toast au beurre d'arachides. Classique. Le midi, ce sont les traditionnels baleadas dans la rue. C'est un mets local qui coute trois fois rien et qui est bien soutenant. Il s'agit d'une grande tortilla pliée en deux et garnie de frijoles (purée de haricots noirs), de viande ou d’œufs et de fromage si on le souhaite.

Ça ne ressemble à rien, mais c'est très bon!

Le soir, je fais généralement mon repas. Avec les beaux avocats, je me fais des guacamoles succulentes. Je prépare souvent de magnifiques plats de pâtes avec les viandes locales. Il y a étonnamment davantage de viande que de poisson. La pêche est sévèrement règlementée. Nous sommes en plein cœur de la seconde plus grande barrière corallienne au monde! Je prépare donc souvent une bonne sauce de style Primavera avec bien des légumes. Je fais aussi des pommes de terre ou des ignames frits.
2 : Qu'est-ce que je lis?

Dans les premiers jours, je lisais Nikolski de Nicolas Dickner. Une saga où le destin de trois personnages montréalais se croise et s'entrecroise autour d'un village perdu aux confins de la mer de Béring. Cependant j'ai cessé momentanément de le lire.

Pour faire d'une histoire courte une histoire longue, j'ai récemment croisé sur l'île un panneau qui a piqué ma curiosité et qui affichait des extraits d'un livre écrit par un certain Shelby McNab, habitant d'Útila. Son nom sonne déjà comme un pirate et ce qu'il écrit est tout à fait dans ce sens. Il avance dans les extraits relatés sur l'affiche qu'il détient des informations qui se sont passées de génération en génération dans sa famille et qui prouvent que Útila n'est rien de moins que l'île sur laquelle Robinson Crusoé a fait naufrage. Et il expose sa théorie en plusieurs points tous validés par un plan de l'île savamment annoté. 

Vous comprendrez que ceci a piqué ma curiosité. J'ai donc téléchargé le livre de Robinson Cursoé et fait quelques recherches sur le sujet. Il semble pour le pauvre McNab que sa prémisse soit fausse puisque Robinson Crusoé, contrairement à ce qu'on pourrait penser, est bel et bien un personnage fictif, créé par Daniel Defoe. Cet auteur s'est inspiré des mésaventures d'un Écossais qui était resté quelques années sur une île du Pacifique à courte distance des côtes du Chili. Il s'avère donc très peu probable que Útila soit le lieu où on trouverait le trésor secret relaté dans le roman. Cela dit, je trouve très amusant de lire ce roman que je n'avais jamais ouvert de ma vie dans un lieu où je peux facilement m'imaginer les scènes se produire. Ayant aussi pris les extraits de la thèse de McNab en photos, je m'amuse souvent à voir où il dit situer les différents évènements du roman et ça nourrit mon imagination.

Donc, pour l'instant, je lis Robinson Crusoé.

Si vous voulez l'appeler, le fameux Shelby McNab laisse même son téléphone dans le bas de son écriteau...

3 : Est-ce que je dors bien?

Oui! Je dors bien et beaucoup. Avant mon départ, j'avais un criant besoin de me reposer en profondeur et de recharger mes batteries. Je le fais ici sans scrupule. Je fais très souvent une sieste dans la journée et le soir, je dors toujours très profondément. Útila est reconnue pour être une île nocturne où les jeunes touristes dans la vingtaine veillent jusqu'à tard dans la nuit. Moi, je ne sors que peu la nuit. J'ai essayé, mais j'ai trop donné dans les conversations de type auberges de jeunesse. Ça ne m'intéresse simplement plus de voyager de la sorte.

Je trouve souvent que les gens autour de moi n'ont pas la même éthique du voyage. Ils entrent souvent dans les commerces avec leur gros sabots, parlent généralement directement en anglais comme si ça leur était dû, crient parfois à tue-tête dans la rue et ne socialisent que peu avec les locaux. Ça me projette souvent dans mes premières aventures de voyage où, moi aussi, je devais être aveugle à beaucoup de choses que je faisais.

De toute façon, tout cela pour dire que j'ai donné dans ce domaine, je sais ce que c'est et que je n'ai plus trop envie d'aller explorer de ce côté. Si j'avais trouvé un bar où il y avant des locaux, par contre, ce serait certainement différent. Ce n'est pas encore le cas. Je continue de chercher. Mais de toute façon, je ne suis pas du tout malheureux le soir à faire ma petite cuisine avec mon verre de rhum, à écouter de la bonne musique, à vous écrire et à plonger dans mes livres.

Bref, oui, le papa se repose bien!

vendredi 25 novembre 2016

Le nouveau défi

Encore ce matin, la pluie s'est arrêtée et m'a envoyé une nouvelle idée fixe : «Aujourd'hui, je veux me trouver une noix de coco sauvage et la manger tout seul.» Bien qu'il y ait des vendeurs de cocos à tous les 50 mètres en ville, je voulais moi même la trouver, l'ouvrir et la manger.

Pour ce faire, je pars vers l'est. Cette fois, je prévois le coup et j'enfile mes sandales. En aparté, vous allez peut-être vous demander pourquoi je ne vous parle pas beaucoup de plongée. En fait, le temps pluvieux ne nuit pas tellement à la plongée. Après les premiers mètres, sous l'eau, c'est assez semblable. S'il est vrai que je n'en ai pas fait beaucoup dans ces premiers jours, c'est surtout parce que c'est assez venteux. Ça peut être amusant de plonger par temps de grosses vagues pour le défi de se stabiliser sous l'eau, mais à choisir, je préfère attendre les jours plus cléments qui viendront bientôt. J'ai plein de temps encore!

Du côté est de l'île, il y a beaucoup de grosses villas; des baraques 10 fois trop grosses, sur le bord de la mer. Il y en a une qui a un nom qui me fait sourire.


Après «Life is a bitch»...

Villa toute simple et son jardin, tout inclus, 3 millions, contactez REMAX Utila.

Les chemins ont aussi des trous d'eau, mais rien de comparable avec ce que j'ai vu hier. Comme le chemin suit la côte un bon bout, le paysage est très différent. Puis on s'enfonce soudainement à nouveau dans jungle que je trouve toujours aussi mystérieuse et envoûtante. Ayant un peu oublié mon défi, je croise soudainement une petite noix de coco par terre. Yé! Je la ramasse et cherche un outil pour l'ouvrir. Je suis dans le néant jusqu'à ce que j'arrive à un pic rocheux incroyable sur lequel les vagues déferlent. À travers les époques, l'eau a sculpté dans le roc des aiguilles acérées et des reliefs tranchants. 

Attention, ça pique!

À proximité, je trouve une pierre à bout pointu qui devrait faire l'affaire.

À nous deux, noix de coco!

Je prends la pierre à deux mains et je la fracasse sur le fruit avec l'ardeur du chasseur tuant sa proie. La coquille se fend et un immense filet d'eau de coco me gicle au visage. Me voilà devenu bestial. Je lâche précipitamment la roche et me rue sur la fissure pour boire tout ce qui s'en écoule. Il y a beaucoup trop de satisfaction dans le geste pour ce qu'il s'avère être dans la réalité. J'ai l'air d'un vrai sauvage assoiffé. J'ai la face et le cou détrempés, mais c'est diablement bon! Reste à voir si la chair sera à point. Pour avoir déjà mangé des cocos frais auparavant, je sais que je ne dois pas m'attendre à la chair épaisse et tendre des noix de coco qui ont vieilli et qui nous parviennent à Montréal. L'albumen d'un coco frais est plus mince et il est gélatineux.
 
Ce n'est pas le cas ici... Ce coco n'est pas à point.

Je n'ai jamais compris comment on peut reconnaître un coco mûr. Mon défi n'est pas relevé complètement. J'essuie les coulisses d'eau de coco dans mon visage et je rebrousse chemin en portant une attention particulière aux cocotiers pas trop hauts. J'en repère quelques uns et j'essaie plusieurs techniques de cueillette. Je commence par tenter de lancer des pierres sur les cocos à bonne distance, mais avec ma dextérité c'est peine perdue. Je tente tout de même une technique moins complexe qui consiste à me placer juste au dessus du coco convoité et de lancer une pierre en ligne droite vers le haut. J'arrête cette technique quand je réalise qu'une roche qu'on lance en ligne droite tombe aussi en ligne droite! Pas d'inquiétudes, je ne suis pas blessé. Vient ensuite la technique de la piñata. Je me trouve des bâtons et je tapoche dans le tas!

 Même avec mon super instrument, rien n'y fait.

Je poursuis mon chemin en me résignant à chercher les cocos qui sont déjà tombés par terre. J'en aperçois plein dans les cours des grandes villas. Il y en a justement une qui semble inhabitée. Ne sachant pas trop à quoi ressemble un coco mûr, je ne prends pas de chance. J'en ramasse huit de toutes tailles et de toutes les couleurs! Dans un chantier de villa abandonné, je trouve un éclat de brique qui fera l'affaire pour les ouvrir. 

C'est parti!

Ma conclusion : sur les huit cocos, un seul avait une chair que j'ai pu manger. Dès qu'un coco est un peu fendillé au sol, ne le prenez pas. Son intérieur est déjà en train de fermenter. C'est tout de même un succès! J'aurai bu et mangé du coco aujourd'hui. J'aurais aimé aller le chercher à la machette en grimpant à l'arbre, mais bon... ce sera pour un autre jour.

Miam, miam!



Où en sommes-nous dans l'exploration de l'île?